Ce matin là le réveil est un peu frileux. En fait hier soir en cherchant bien on a trouvé un peu de bois malgré l'altitude et on a fait un bon feu qui nous a réchauffé. Et donc on ne s'est pas rendu compte du froid qu'il faisait et ce matin tout est givré. On regrette un peu de ne pas avoir fermé la tente pour la nuit (toujours cette tente qui condense).

philippe

Mais le soleil est très vite là sur le plateau et avec lui la température remonte en flèche malgré les 4200m : en 15min on passe du bonnet à la chemise. Il y a déjà quelques yaks qui paissent à l'entour et un berger nous fait une petite visite pendant le petit-déjeuner. On essaie de lui offrir ce qu'on a mais comme souvent il refuse. Pourtant cette fois on n'a que des produits locaux. La conversation est très limitée (on connaît 4 mots de tibétain !) mais c'est toujours agréable. On comprend pourtant qu'il habite tout près et qu'on aurait du lui demander pour dormir chez lui. Tant pis, une autre fois !

On reprend la route sous un ciel splendide sans un nuage. Vite la crème solaire et les lunettes : c'est les vacances !

nous vue

On observe les passages de torrent par les autochtones. Une personne porte son binome sur son dos pour l'aller et on imagine que pour le retour ce sera l'inverse. Ou alors il y a une histoire de hiérarchie qu'on ne connaît pas ? Plus loin, 2 moines semblent méditer en marchant dans les champs, profitant du soleil et riant de nous voir ici, si loin de tout.

torrent    moines

On aperçoit au loin le village dans lequel on pense se ravitailler et déjeuner, il est déjà 13h et les appétits se réveillent. Mais là, c'est le drame. On observe au loin un nuage de poussière sur la route et bientôt un gros 4x4 de la Police chinoise s'immobilise devant nous. Bon, encore une vérification de passeport, on a l'habitude. Effectivement, ils nous demandent nos passeports mais... ne nous les rendent pas comme d'habitude ! Cette fois on est invité gentiment à monter dans la voiture et à les accompagner au poste le plus proche à "seulement" 14km. Bon, on imagine le fonctionnaire un peu zèlé qui veut s'occuper dans ces contrées plutôt vides d'activité touristique. Le poste est situé sur un noeud routier (ou pistier ?), il y a là 3 routes : celle par laquelle on arrive, celle qu'on veut suivre et celle qui nous ramènerait en arrière vers Garze. Au poste, la voiture nous dépose mais repart très vite, sans nous vous l'avez compris. On reste avec 6 policiers de 20/25 ans maxi, assez surpris de devoir s'occuper de nous et peu habitués à ce genre de situation. Commence alors la valse des questions, des photocopies et des coups de fil. Comme notre niveau de chinois est un peu limité, ils appellent des personnes au téléphone qui se chargent de traduire nos réponses. "Non, nous ne sommes pas journalistes, on est ici parce qu'on aime les paysages mais on n'est pas bouddhiste et on ne parle pas tibétain. Il n'y a pas de risque qu'on soit subversif avec les locaux." En résumé, on est des gentils français qui aiment marcher ici et on va à Bayu, c'est bon on peut partir ?".

poste paysage

Évidemment, le chef (25 ans donc) en réfère à son chef qui doit sans doute appeler le n+2, etc... On a un peu d'espoir car on réussit après 2 heures à obtenir un "peut-être" pour la suite de notre voyage. L'attente est assez longue mais les policiers sont vraiment désolés. Ils commencent par nous offrir des biscuits achetés à la boutique du coin. Puis 2 trouffions sont envoyés au village à 10km pour nous ramener quelque chose de plus consistant. Bientôt, une partie de foot s'organise pour passer le temps et Philippe montre tout son talent malgré l'altitude (ceux qui connaissent apprécieront) pour ramener la victoire à l'équipe du chef. Julie se prélasse au soleil devant la caserne avec un bouquin. Il y a quelque chose d'assez irréel dans cette attente. Certains des policiers sont Tibétains et semblent désolés de cette situation. On assiste ensuite à l'entraînement de l'équipe, à base de tractions. Philippe doit aussi s'illustrer. On imagine déjà que l'on va passer la soirée avec eux, dormir ici et repartir tranquillement demain vers Bayu...

Pourtant vers 19h, un gros 4x4 débarque avec 4 personnes : big boss, chauffeur, traductrice et le garde du corps (?). On redéfend âprement notre cas, en réexpliquant nos motivations et surtout le peu de danger qu'on représente. Mais rien n'y fait, on doit les accompagner à Garze séance tenante...