On arrive donc à Ya'an, complètement défaits après 38 h de bus en 48 heures. A peine débarqués sur la place centrale par la personne qui nous a emmené sur les 5 derniers km, une femme d'une cinquantaine d'années à vélo s'arrête et nous interpelle en anglais. Elle veut "communiquer" avec nous. Pourquoi pas, c'est plus pratique qu'en chinois après tout ! Donc nous voilà tous les trois sur le rond-point à échanger en anglais. Elle parle bien, on sent qu'on est dans une grande ville. Elle est très sympa et s'intéresse à nous parce qu'elle veut améliorer son anglais et surtout parce que son fils étudie à Bordeaux, et que c'est la première fois qu'elle rencontre des Français. Rapidement, elle comprend qu'on est fatigué, et veut nous aider à trouver un hôtel. Une idée lui vient. Elle a une amie qui a des chambres libres. C'est pas cher a priori, 2 ou 3 euros. Ça nous va très bien. Elle l'appelle, arrange la chose avec elle, et nous arrête un pousse-pousse pour qu'il nous y emmène. On doit se retrouver le soir même chez cette amie pour discuter en anglais. On se laisse complètement guider, c'est tellement plus simple que de se battre pour trouver un hôtel dans une si grande ville. Et puis elle est très sympa cette dame.

On arrive chez l'amie en question, qui vit dans une maison miteuse. Au premier étage, elle tient un salon de lavage de pieds. Au second étage, quelques "chambres" délimitées par des cloisons pourries, une cuisine et une salle d'eau. C'est sale. On découvre notre "chambre" et après avoir refermé la porte, on aperçoit un condom usagé. C'est ambiance. C'est pas la première fois qu'on fait ce genre de découverte sympathique, mais bon, ce n'est jamais agréable. On sort donc les duvets (on a trop peur de ce qu'on pourrait trouver dans les draps !) et on s'endort pour quelques heures réparatrices. Le soir, notre amie anglophone nous rejoint. Elle nous explique alors qu'on ne peut pas rester là pour la nuit, parce qu'il va y avoir du travail à l'étage inférieur, au salon de lavage de pieds. Évidemment, on n'est pas dupe, on comprend très bien de quoi il s'agit. Le lavage de pieds se finit parfois à l'étage supérieur...

S'ensuit une discussion animée avec notre amie et son amie qu'on a vite fait de rebaptiser Mme Claude. Au début, elles veulent qu'on parte, parce qu'elles pensent qu'on risque de se sentir mal à l'aise. Parfaitement, on n'a pas du tout envie de rester là ! On demande donc nos 20 yuans, parce que, quand on va a l'hôtel, on paie pour la nuit entière, et pas juste pour la sieste ! Ça n'a pas l'air de convenir à Mme Claude, qui nous propose alors de nous enfermer dans sa propre chambre, et de rester juste une nuit. Interdiction de sortir donc ! La discussion dure une bonne demie heure, on est tous très calmes et stoïques. Chacun donne son point de vue. Notre amie semble complètement déconfite, car elle nous explique qu'elle voulait faire une bonne action, et que c'est complétèrent raté. Elle semble découvrir la face cachée de son amie, et l'arrière boutique du salon de lavage de pieds. Elles se fâchent entre elles, ça nous fait marrer. Il est déjà 20h30, il fait nuit, et on n'a pas que ça à faire. On fait nos sacs, et Mme Claude nous rend nos sous.

Comme la discussion s'est passée très calmement, on est en bon terme. Elles nous accompagnent toutes les deux dans un vrai hôtel, qu'elles ont négocié pour nous. Elles se réconcilient au passage et sont de nouveaux amies ! Un chambre correcte, à un très bon prix, c'est parfait. Au moins, on sera au calme ! Mme Claude attend sa copine, mais il semble qu'elle ait plus envie de parler avec nous que de repartir avec sa macquerelle de copine.

Elle nous questionnera pendant plus de 2 heures sur la France. Son fils y étudie, elle lit beaucoup de choses sur internet et dans des livres, et sa principale préoccupation est de savoir si ce qu'elle sait est vrai. On passe en revue la crise financière, les grèves, le coût de la vie, les jobs étudiants, les stages, les loisirs des étudiants français, etc. Un vrai interrogatoire, elle ne nous laisse pas en placer une. Elle est assez bien renseignée en tout cas. On apprend juste que faire la grève en Chine est impensable, et que ça n'a jamais eu lieu... A 22 h, notre estomac nous rappelle a l'ordre, on n'a pas dîné. On lui propose donc de nous accompagner au restaurant. Parfait, elle demande à la tenancière de l'hôtel, et elles nous emmènent toutes les deux dans un restau du coin. Nous voila encore bien entouré ! On ne peut que être complètement séduit par la gentillesse de ces femmes. Tout le temps, les gens cherchent à nous aider, mais parfois c'est trop, et ça entrave notre liberté.

Cette journée reste assez improbable ! On rêvait juste de calme et d'un bon lit douillet, on se retrouve dans une maison close... Heureusement que personne n'est rancunier, ainsi la soirée se passe bien.