Finalement on reste 2 nuits au village du nord-est. Les 4 derniers jours (2 pour l'approche et 2 pour le col) nous ont quand même un peu fatigués et on préfère être en forme pour la suite qui promet d'être intense. En quittant le village, on visite un petit monastère dans lequel une tapisserie sur le mur d'un temple représente le pèlerinage autour de l'Amnye Machen. On ne comprend pas tout mais on apprécie l'ambiance. On croise la caravane de Yaks du touriste Allemand. Ils nous ont rattrapés mais on les redouble vite. Cette première journée est relativement facile, le long d'une rivière en douce montée vers le sud. On est encore sur une piste, presque la civilisation !

monastere caravane

linge

Et c'est là qu'on croise les 2 seuls pèlerins qu'on verra de toute la circumambulation. Il semble que ce sont un père et son fils, sans équipement ni sac. Ils ont aux mains des protections en forme de plaque, ainsi qu'une sorte de tablier de cuir. En effet, ils font le pèlerinage... en se prosternant sur tout le chemin. Cela veut dire qu'ils font deux pas les mains jointes puis s'allongent de toute la longueur de leur corps, tête contre le sol, se relèvent et recommencent. Complètement incroyable cette dévotion ! On a entendu dire qu'ils pouvaient faire 6 ou 7 km par jour... On repensera très régulièrement à eux dans la suite du trek. Comment font-ils dans la neige ? Qui les nourrit ? Ou dorment-ils ?

Le soir on oblique vers l'est et commence vraiment l'aventure : plus de piste, que des vagues sentes, quelques cairns et les points GPS qu'on a relevés avant de partir. Bientôt il est l'heure de s'arrêter pour la nuit.

Le lendemain matin, nous sommes accompagnés par 3 "cueilleurs de champignons". Plus loin nous croisons encore 2 cavaliers mais nous sommes vraiment dans la nature à l'état brut. Vers 16h, une grosse tempête de neige nous surprend et nous trempe malgré les ponchos. Le point le plus haut du tour à 4720 m n'est plus très loin et les nuages se dissipent pour nous laisser voir l'autre face du massif de l'Amnye. On sèche rapidement au maigre soleil et on rejoint le col. Il y a plusieurs chortens et de nombreux drapeaux tibétains tous très colorés. On trouve quelques protections des mains de pèlerins, preuves qu'ils viennent jusqu'ici en se prosternant.

cavaliers col

Derrière le col un grand plateau s'annonce et les cairns s'arrêtent soudainement. On monte la tente, une soupe de nouilles et au lit !

Vers 3h du matin, branle-bas de combat : la neige qui tombe dru commence à recouvrir la tente et il faut impérativement la décharger. La neige ne s'arrêtera pas après quelques heures comme d'habitude. A 9h, on ne peut plus attendre et on lève le camp dans 15 cm de "fraîche". La visibilité est plus que réduite et l'ambiance est presque angoissante. On a bien un point GPS à 30km à vol d'oiseau : peut-être 2 jours de marche si les vallées sont sinueuses... On finit par trouver la rivière qu'on cherche sur le plateau, il n'y a plus ensuite qu'à la suivre. Pas si facile avec cette neige qui cache tous les pièges du sol et qui continue à nous cingler le visage.

Vers 14h, on profite d'une éclaircie pour déjeuner et faire sécher tente, duvets et matelas. La vue est maintenant dégagée et la vallée que l'on suit nous mènera bien au point K, comme nous avons appelé notre prochaine étape. On reprend la marche pour tomber... sur un glacier au milieu de la rivière ! Ou du moins les énormes résidus d'une grosse avalanche de séracs tombée peut-être il y a quelques années. Petit labyrinthe de crevasses mais on passe sans trop de souci. Déjà pas mal d'émotion pour cette journée ! La suite est plus simple, on quitte le lit de la rivière pour un sentier sur la rive, nettement plus rapide que la marche dans les pierres. Bivouac au bord d'une falaise, ambiance Etretat en décembre.

glacier bivouac

Le lendemain, on pense finir tranquillement, d'autant plus qu'on aperçoit de nouveau des tentes de nomades et des maisons. On arrive à une intersection sur laquelle on hésite beaucoup : le petit col en face ou la rivière à droite ? Mais on avise une piste qui suit la rivière, dans la bonne direction. Parfait ça, on prend à droite ! En fait la piste ne dure que 500m, ensuite il n'y a plus que des gorges dans lesquelles on se mouille jusqu'aux fesses... Bon ok, on revient sur nos pas, 2 heures de perdues, les pieds nettoyés (!) et le petit col à monter.

Ensuite, la fin de journée nous ramène au village du départ du tour, presque plus vite que prévu. On est passé !

2 jours au nord et 4 jours au sud, pas mal pour des étrangers qui ont eu le luxe de se perdre une paire de fois.

julie    phil