Le tour de l'Amnye Machen c'est donc un peu comme le tour du Mont-Blanc...

Sauf quelques petites spécificités... entre autres :
- l'obligation de tourner dans le sens des aiguilles d'une montre, par respect pour le bouddhisme tibétain. Tous les moulins à prière tournent dans ce sens et la visite de tous les monuments religieux se fait ainsi.
- l'altitude nettement plus haute que dans nos Alpes (entre 4000 et 4700 m).
- le temps changeant. On dit toujours que le temps change vite en montagne mais là on atteint des extrêmes. Il peut faire un franc soleil et 25 degrés, on est tranquille en chemise. Et en quelques minutes les nuages arrivent, et le tempête de neige commence, flocons horizontaux qui glacent le visage et visibilité réduite à 10 mètres.
- il n'y a pas le Shopi des Houches pour ravitailler, ce qui impose d'une part de porter pas mal de vivres mais aussi de manger "local". On fait une overdose de soupes asiatiques et de biscuits secs !
- L'isolement. On n'a finalement croisé que 2 pèlerins ! Peut être parce qu'on est un peu tôt dans la saison du pèlerinage ? Par contre on a doublé un unique touriste allemand bien accompagné : un guide anglophone, un caravanier avec 5 yaks et un cavalier dont on n'a pas compris l'utilité. Sinon, quelques motards dans la partie nord du tour et pas mal de tentes de nomades. Mais dans le blizzard on était seul !
- les nombreux monuments et signes du Tibet. Assez régulièrement sur le parcours on peut observer des drapeaux tendus, des piquets aux sommets des cols et des cairns. Et le tour passe à proximité de 3 monastères.

amnye chortens

Le matin du départ pour le tour, le soleil est bien présent. On est ravi car depuis qu'on est sur le plateau, on n'a eu que du mauvais temps. La vue sur le massif de l'Amnye est splendide et le début de la première étape consiste à suivre une rivière relativement plate avec comme point de mire le sommet de la montagne sacrée. On suit une piste qui relie deux villages et il y a un petit peu de trafic, peut être une moto toutes les heures... Après la plaine, la montée au premier col commence. La caravane de l'Allemand s'arrête au pied du col, vers 4200m. Comme on a l'espoir de passer et de redescendre un peu sur l'autre versant pour éviter de bivouaquer au sommet, on tente le coup. La montée est très progressive, ce qui pourrait être un avantage mais finalement ça rallonge surtout la marche. Un peu avant le col on retrouve la neige et le brouillard. Il est déjà 17h30 mais il faut qu'on passe le col. Finalement on arrive au sommet à 4600 m, on remercie les dieux comme il se doit et on file sans demander notre reste car il caille sévère et qu'on veut essayer de perdre un peu d'altitude.

motards   au_pied

On est littéralement au pied du massif de l'Amnye Machen et c'est une vision presque effrayante. C'est vraiment un domaine de haute montagne et bien évidement ça remet le randonneur à sa place !

sommet col

Sur l'autre versant, on avise une cabane de berger sur la moraine d'une glacier. Belle aubaine, c'est justement ce qu'il nous faut ! Il s'avère malheureusement que la cabane est fermée et qu'on doit camper à côté. Un peu rageant mais on ne va quand même pas faire sauter le cadenas. Et la cabane offre une bonne protection du vent, ce qui n'est déjà pas mal.

Le lendemain, on profite de la belle météo pour faire un brin de toilette, Julie ira même jusqu'à se laver les cheveux. Elle a bien raison : déjà 4 jours sans douche et qui peut prédire quand sera la prochaine ?

bivouac   cheveux

Cette étape en descente est plus facile. On s'offre une petite traversée de rivière pour gagner quelques centaines de mètres, juste au moment où 5 hommes débarquent pour discuter. Pas très simple les présentations quand on est pieds nus et en slip !

La fin de la journée est longuette mais on finit par arriver dans le seul petit village du tour. On essaie le seul resto du coin et le sentiment est très proche d'un saloon du Far West : on pousse la porte et tout le monde s'arrête de parler, baguettes suspendues entre l'assiette et les lèvres...

2 jours pour 60 km en montagne alors que le guide de l'Allemand nous avait assuré que ce n'était pas possible : ça part très fort !