Pour rejoindre le tour de l'Amnye Machen, on commence par deux jours de marche d'approche. On quitte la civilisation qui est représentée par une route bitumée qui traverse du nord-est au sud-ouest le Qinghai. Cette route est complètement incroyable. Elle passe vraiment au milieu de nulle part, et tous les 200 km environ s'étale une petite bourgade avec hôtels, restaurants, stations service et quelques boutiques. Ces bourgades sont glauques au possible. Elle se sont développées tout en longueur le long de l'axe de communication, et sont vides de toute âme. Aucune substance, on plaint un peu ceux qui sont venus vivre là.

On s'élance donc un matin gris, dans la neige, sur le plateau tibétain. A 4200 m, il fait froid, et même en juin, il neige encore. Évidemment, cette couche de 10 cm de poudreuse ne nous facilite pas la vie. On ne voit pas la piste qu'on cherche, et les aspérités du terrain sont cachées, ce qui a pour conséquence qu'on met régulièrement un pied dans un trou plein d'eau.

phil troupeau

Nous avons une carte routière chinoise avec 1 cm pour 13 km et une carte touristique avec 1 cm pour 16 km. Autrement dit, c'est impossible de marcher avec ça ! On a donc repéré quelques points stratégiques sur Google Earth, et une fois rentrés dans le GPS, ils nous sont d'une grande utilité pour nous repérer et nous diriger. Surtout en cas de neige qui cache tout !

On décide donc de couper "droit dedans" comme on dit. Mais contrairement aux idées reçues, le plateau tibétain n'est pas plat. Il est vallonné ! De petites collines qu'il faut franchir successivement, et à cette altitude, une petite montée de rien du tout demande quelques efforts.

On passe notre première nuit sous la neige qui tombe sans discontinuer jusqu'au lendemain soir... Quand on arrive à notre première étape, après 40 km, on n'a vu que du ciel gris, entrecoupé de flocons. Que de tristesse et de désolement ! On est content d'être là, mais avec du soleil, ce serait tellement mieux !

bivouac

Bivouac isolé, la tente est bien petite !

La faune sauvage est facile à observer ici. Ces grands horizons ouverts et l'absence d'humain nous donnent de nombreuses occasions de nous émerveiller. Au Yunnan, pendant les 2,5 premiers mois de notre périple, nous n'avons pas vu d'animaux sauvages. Nous avons aperçu nos premiers mammifères significatifs (de plus d'un mètre) sur la partie Sichuan du plateau tibétain, il y a un mois environ. C'était à l'époque des macaques du Tibet et des ongulés type bouquetin ou mouflon.

Ces derniers jours, on a eu tout loisirs d'observer des troupeaux entiers d'antilopes du Tibet, des vols majestueux de vautours avec leurs 2 m d'envergure, des grues et des oies, des renards, et multitudes de marmottes et de petits rongeurs qui courent partout et trouent le sol, à tel point qu'on s'enfonce régulièrement quand leur terrier s'effondre sous nos pas.

antilope

Antilope du Tibet

Mais pour le clou du spectacle, c'était plutôt lui le spectateur et nous les figurants. Nous étions tranquillement en train de déjeuner le premier jour, quand soudain, à 150 m, nous apercevons un mammifère qui nous observe. D'allure canine, il a le pelage clair. Ce ne peut être un chien, car les chiens tibétains sont de gros colosses au poil noir et à la gueule aplatie, reconnaissables entre mille.

Non, ce n'est pas un chien, mais bien un... loup ! On se dévisage un moment, puis il s'en va en trottinant. Par la suite, on en a revu à plusieurs reprises, toujours solitaires, jamais effrayés par notre présence !
Dans le doute, on a demandé à des locaux. La réponse qu'ils nous ont faites pourrait être traduite comme suit : "Ah mes braves gens, si vous saviez ! Il y en a tant par ici !". Et nous un peu inquiets de continuer : "Et ils mangent les hommes ?". "Non, que les yaks et les moutons". "Ah bon. Mais même pas les blancs qui dorment dehors dans une toute petite tente ?". Mais non, pas d'inquiétude à avoir, on peut dormir sur nos deux oreilles, la bobinette ne cherra pas !

loup