OTHER se frotte à des réalités géopolitiques imprévisibles... Et quelle déception de ne pouvoir aller où l'on veut ! Quelques explications ci-dessous.

Le Tibet dont on entend parler en France est la Région Autonome du Tibet, qui est une des provinces de Chine. Mais le Tibet historique était bien plus grand, et les autres zones tibétaines ont été rattachées à d'autres provinces chinoises.

On le savait, le Tibet est une des zones sensibles chinoises, où les étrangers ne sont pas franchement les bienvenus.

Cette année, le Tibet a été totalement fermé aux étrangers entre fin février et début avril, soit plus d'un mois et demi. Pour cause, le mois de mars est marqué par deux évènements majeurs : la fuite du Dalaï-lama en mars 1959, et l'abolition du servage des tibétains le 28 mars 1959 (les occidentaux décrivent cela comme l'invasion du Tibet, on en parlera plus tard !). On fêtait donc cette année le 50ème anniversaire de ces deux évènements qui ont changé la face du Tibet.

L'an dernier, de violentes altercations ont eu lieu en mars au Tibet et régions tibétaines historiques, avec une médiatisation importante du fait de l'approche de JO de Pékin. Cette année, le gouvernement chinois redoutant une situation similaire a décidé de fermer totalement le Tibet historique aux étrangers. La raison officielle est donc la sécurité des ressortissants étrangers. La raison officieuse est bien sur d'empêcher un regard extérieur de se pencher sur ce qui se passe en terme de propagande et de réprimande chinoise.

Bref, le Tibet vient de réouvrir, mais son accès est démesurément réglementé. Il est soumis à tout un tas de permis, selon les zones traversées. Ces permis ne peuvent être obtenus que par une agence de voyage, qui prévoit à l'avance la totalité du voyage, à savoir tous les hôtels et restaurants, les lieux visités, etc. Le touriste se doit d'être en groupe, accompagné en permanence par un guide, et doit voyager en voiture, train ou avion.

Cela ne correspond évidemment pas du tout à notre voyage.

Il ne faut pas imaginer que le Tibet a une frontière. Ce serait bien trop simple pour nous, on passerait le poste de contrôle d'une manière ou d'une autre et voilà ! Le Tibet est en fait parcouru d'une multitudes de checkpoints, dont il est difficile de connaître la position exacte. Par ailleurs, on l'a déjà constaté au Yunnan, la police veille et des patrouilles sillonnent continuellement les routes. On croisait les charmantes voitures blanches au moins une fois par jour ! Et pour couronner le tout, les tibétains risquent gros s'ils aident des étrangers illégaux. Un chauffeur de camion ou de bus peut perdre son permis de conduire par exemple, ce qui leur coupera toute envie de prendre des blancs dans leur véhicule. Les hôteliers n'ont pas le droit d'accepter les téméraires occidentaux, etc.

On s'est donc pas mal renseigné sur les conséquences d'un voyage clandestin au Tibet. A priori, on ne risque pas grand chose : se faire ramener illico presto a l'extérieur de la zone, et payer une amende de l'ordre de 50 euros. Par contre on ne connaît pas les conséquences sur le long terme : pourra-t-on encore avoir un visa chinois si on le souhaite ? et si on tombe sur un policier qui fait du zèle et décide de nous faire passer l'envie de récidiver ?

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On pourrait se dire qu'à pied, c'est bien plus facile d'échapper à tout ça qu'en vélo, ou en stop. Évidemment, on passe n'importe où, et contourner un checkpoint n'est pas un problème. Ce qui a fini par nous dissuader de tenter l'aventure, c'est l'inconfort. On imagine mal ne pas pouvoir aller à l'hôtel du tout pendant les 3 mois prévus, ne pas pouvoir manger au restaurant parce que c'est trop risqué si une patrouille passe par là, et devoir passer dans les villes à l'aube avant que les flics ne prennent leur service. Pas facile pour se ravitailler, encore moins pour prendre une douche, sans parler d'accéder à internet. Ensuite, ça veut dire aussi éviter toutes les routes et trouver toujours des pistes ou des sentiers. Pas évident, même si on a trouvé de bonnes cartes en France avant de partir.

On a donc longtemps hésité, pesé le pour et le contre, et finalement, on a décidé de laisser tomber le Tibet pour l'instant. Les bureaucrates chinois auront eu raison de nos envies, on ne parcourra pas immédiatement la portion tibétaine de la Route du Thé.

Dépités, on part donc sur une alternative pas mauvaise a priori. On va marcher sur le tronçon Sichuan de la Route du Thé et des Chevaux. Il y avait effectivement a l'époque deux routes majeures. Celle traversant tout le Yunnan (qu'on vient de finir) et celle du Sichuan. Les deux routes reliaient des zones productrices de thé à Lhassa, et se rejoignaient à l'est du plateau tibétain (voir la carte). La route part de la ville de Ya'an.

Cependant, à peine 200 km après Ya'an, la Route entre dans une zone tibétaine historique, le Kham. Et c'est là qu'on comprend toute la puissance de la censure chinoise.

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Les zones tibétaines hors Tibet sont aussi fermées aux étrangers depuis fin février, mais n'ont toujours pas réouvert... La situation est quelque peu différente de celle du Tibet, car ces zones ne nécessitent normalement aucun permis, et les étrangers peuvent y circuler librement quand elles sont ouvertes. En attendant, personne ne sait quand elles vont réouvrir... Les agences de voyage ne peuvent y accéder, pas plus que les gares routières ne peuvent vendre de tickets de bus. Mine de rien, ça représente quand même un sacré manque à gagner pour l'industrie du tourisme local...

Cette situation étant provisoire, on considère qu'on peut faire ceux qui ne savaient pas si jamais on se fait attraper. On estime que les conséquences sont moins pénibles qu'au Tibet, et surtout ne mettent pas en situation délicate les locaux qui nous hébergeraient ou rendraient service.

Donc c'est parti, advienne ce qu'il adviendra, on s'élancera sur la Route du Thé et des Chevaux du Sichuan.

On voit bien sur la carte qu'en étant à Deqin, on est complètement dans un cul de sac. L'est, le nord et l'ouest sont interdits. Sensation bizarre. On relativise en se disant qu'en étant Français, il y a peu de zones inaccessibles sur le globe. Pas de chance, on tombe au mauvais endroit au mauvais moment. 

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