Le Mekong monte très lentement. Sur ses rives, on restera donc entre 1700 et 2000 m d'altitude. A cette latitude (27-28 degrés nord, soit comme le sud du Maroc), le climat est très doux, et la végétation "méditerranéenne". On marche parmi les cactus, clémentiniers et pamplemoussiers et autres figuiers. Ça fait longtemps qu'on n'avait pas vu de fruitiers. Un peu plus loin, on verra même des vignes ! Paysage surprenant que ces ceps sur des terrasses, un mélange réussi de culture franco-chinoise. La vigne n'est pas du tout endémique, elle a été ramenée par des missionnaires français, qui ont bâti des églises et évangélisé une partie de la population. On rencontre donc des chinois nous montrant fièrement leur médaille de la Vierge Marie. A chaque rencontre, on nous demande immédiatement si on est français. Au début, on ne savait pas que les français avaient évangélisé une partie de la vallée, et on était presque agacé d'avoir une "tête de français" ! On a vite compris !

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Parallèlement, on entre très clairement dans une zone tibétaine. Les manifestations bouddhiques sont omniprésentes : chortens, drapeaux à prières, moulins à prières ornent le paysage et sont disposés tout au long de la route. Les costumes traditionnels et les faciès changent, les dialectes aussi. Certaines personnes ne parlent pas chinois. Les tibétains aiment bien porter et exhiber leurs bijoux, qui sont volumineux. Les pierres semi-precieuses sont appréciées. Un midi, on déjeunera chez un homme qui aurait pu jouer dans un film d'Emir Kusturica. On en rigole encore en se le remémorant. Il avait vraiment la tête de l'emploi, des bagouses partout et des chaînes en or. Le téléphone portable à l'oreille, en train de magouiller des affaires pas nettes. Lui manquait juste la dent en or ! On s'est bien fait arnaquer chez lui en tout cas, et on n'a pas trop traîné !

Dernier point marquant de cette remontée du Mekong : les mines. Nos amis du Génie Civil, en plus des ponts, auraient été ravis de les apercevoir. On trouve sur une dizaine de km de long, de part et d'autre des mines exploitées par une personne seule. On se croirait au temps de la ruée vers l'or ou chacun gardait pour soi son eldorado secret. On reste bouche-bee devant le manque de moyen et de sécurisation. Un homme creuse, parfois avec de la dynamite, à flanc de falaise. Les sentiers d'accès font 10 cm de large et doivent s'écrouler régulièrement. On ne connaît ni la profondeur des tunnels, ni le matériau recherché. Mais on imagine que l'espérance de vie des chercheurs est faible. On entend souvent parlé d'accidents et de dizaines de morts dans les mines chinoises...

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Bientôt le Mekong commence de profonds méandres et la route s'élève sensiblement : on s'approche du plateau tibétain.